Il y a des parcours qui se racontent comme on feuillette un album de souvenirs, avec l’odeur de la terre, le bruit des machines, les rires partagés et les défis relevés ensemble. Celui-ci commence un 1er mars 1999, à la ferme de la Fondation protestante Sonnenhof, avec un rêve d’enfant enfin devenu réalité : travailler la terre, entouré d’animaux et de collègues engagés.
Pendant 27 années, Didier a accompagné, transmis, construit, réparé, appris et surtout partagé. De la traite des vaches à l’atelier de métallerie/soudure, des hivers rudes aux grandes fiertés collectives, son histoire est indissociable de celle du Sonnenhof. Une aventure humaine faite de patience, de rigueur et de bonne humeur, où chaque jour avait du sens. Aujourd’hui, alors qu’un chapitre se referme doucement pour laisser place à un autre, c’est avec émotion que l’on revient sur ce parcours, marqué par la passion du métier et le respect profond de l’autre.
Peux-tu nous raconter ton arrivée à la Fondation protestante Sonnenhof ? En quelle année es-tu arrivé et qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre la fondation ?
Je suis arrivé à la ferme le 1er mars 1999, j’avais alors 33 ans. Travailler sur une exploitation agricole, c’était un rêve de gosse. J’avais postulé pour intégrer la ferme, mais je n’avais pas été retenu au départ.
Finalement, la personne embauchée s’est rapidement désistée et le responsable de la ferme de l’époque m’a rappelé pour savoir si le poste m’intéressait toujours. Autant dire que je n’ai pas hésité une seconde !
Aujourd’hui, ça fait 27 ans que je suis à la Fondation.
NDLR : activité maraîchère et de production laitière de la fondation jusqu’en 2021.
Tu as commencé comme moniteur à la ferme laitière. Quels souvenirs te reviennent en premier quand tu repenses à cette période ?
Le tout premier souvenir, et il est resté bien ancré… c’est le jour où un résident a failli renverser un tracteur qu’il conduisait !
Un autre souvenir marquant, c’est un hiver particulièrement rude. Les routes étaient gelées et impraticables. J’ai dû venir un dimanche avec le tracteur de mon oncle pour pouvoir traire les vaches. Des conditions qu’on n’oublie pas !
Le travail avec les vaches et la traite faisaient partie du quotidien. Qu’est-ce que ce travail t’a appris, humainement et professionnellement ?
Professionnellement, je connaissais déjà le métier : la traite, la manipulation des animaux… En revanche, le médico-social, je n’y connaissais absolument rien. Mais on a fait des choses formidables avec les travailleurs. Après une tempête à l’hiver 1999, on a passé 15 jours sur le toit de l’ancien bâtiment de la ferme pour remettre les tuiles. En 2000, on a transformé l’ancienne étable, et on a quasiment tout fait nous-mêmes : démolition, construction, crépissage… En 2008, on a intégré la nouvelle étable.
Puis en 2009, on a lancé le maraîchage et ouvert la boutique de la Ferme, où l’on vendait notre production. C’était une vraie aventure humaine, toujours dans la bonne humeur.
Y a-t-il une anecdote ou un moment que tu n’oublieras jamais ?
Notre premier passage au Salon de l’Agriculture à Paris, autour de 2010-2015. Nous y étions pour présenter Haïda, sélectionnée par l’organisme de la race Montbéliarde pour participer au concours de beauté. Et là… Haïda a été sacrée championne. Un moment incroyable de fierté !
Tu es ensuite devenu moniteur à l’atelier métallerie/soudure. Quelles différences vois-tu entre le travail à la ferme et celui en atelier ?
C’est le jour et la nuit. À la ferme, on était 4 encadrants pour 13 à 15 travailleurs, avec un responsable d’exploitation, répartis sur 4 sites et 140 hectares de terrain. À l’atelier mécanique, on est 2 moniteurs pour 19 travailleurs, tout est centralisé et sous contrôle. L’accompagnement est complètement différent.
Qu’est-ce qui t’a le plus plu dans le travail en métallerie/soudure ?
La transmission du savoir-faire, la rigueur du travail bien fait, la minutie. Ici, on travaille au dixième de millimètre. C’est la preuve qu’avec des personnes en situation de handicap, on peut réaliser de très belles choses.
Travailler 27 ans avec des personnes en situation de handicap m’a appris qu’avec de la patience et de l’abnégation, on peut accomplir énormément de choses ensemble.
Quel regard portes-tu sur ces 27 années au Sonnenhof ?
Certaines choses ont évolué. On accueille de plus en plus de profils en situation de handicap social, souvent plus difficiles à encadrer que les personnes en situation de handicap mental ou physique.
On nous demande aussi d’assurer davantage de tâches administratives qui prennent du temps, même si ça permet de garder une trace de notre accompagnement.
Mais la prise en charge reste essentielle, et beaucoup ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont d’être en ESAT, dans un milieu protégé.
Que ressens-tu à l’idée de partir à la retraite ?
C’est un livre qui se ferme… et un autre qui s’ouvre. Et j’espère qu’il sera aussi long que le premier ! (rires)
Il y a de la tristesse, bien sûr, mais aussi beaucoup de joie : je vais pouvoir retrouver ma passion en aidant de temps en temps l’un de mes fils sur son exploitation agricole.
L’ambiance a toujours été formidable. Je me suis senti accueilli et accepté par tout le monde.
Un dernier conseil aux “jeunes” moniteurs du Sonnenhof ?
Rester ferme et ne jamais déroger au règlement.
Être patient, sinon on n’avance pas.
Et surtout, toujours privilégier le dialogue.
Merci à Didier d’avoir répondu à nos questions.
On te souhaite une super belle retraite aussi riche et longue que ta carrière, avec beaucoup de rires, un peu de repos (quand même) et zéro réunion.
Bonne retraite, et surtout : ne change rien, sauf le réveil du matin !
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